Il y a des disques sur lesquels on glisse, un peu honteux... Ceux sur lesquels on se pose avec un intérêt bien décidé... Mais surtout ceux sur lesquels on s’attarde pleinement, sans retenue, qu’on redécouvre à chaque écoute. Un son, un détail découvert là où on ne l’attendait pas, une voix qui nous appelle... Et nous voilà frissonnants, prêts à baisser les armes... Un charme fou s’en dégage, on aime, on résiste, et puis...

Cet album, Audrey l’attendait depuis longtemps, même s’il est loin d’être le dernier. Celui qui lui colle à la peau, qui lui ressemble dans son désir, sa chair. C’est son âme aussi, mise a nu, qu’elle nous offre, partageant ses doutes, ses passions, pour nous en faire porter un peu le poids ou nous les offrir en écho à nos propres émotions. Plus encore qu' "Evil for Good, le Mal pour de Bon", un premier album solo majeur forcément. Le premier amour ne reste-t-il pas celui dont on oublie les défauts, dont on se souvient avec une émotion particulière ? Celui qui ouvre définitivement les portes aux autres à venir ?
Rythmiques profondes et hypnotiques dans “De la solitude” ; le bien, le mal, comme nécessaires l’un à l’autre avec “Evil for Good” ; la soie qui glisse sur une épaule et finit en appel lancinant avec “Guide mes pas” ; la voix qui traverse montagnes et vallées tels nos chemins de vie dans “Rise” ; une BO dans laquelle chacun peut se transposer, haletant avec “And I Wonder” mais aussi “Illusory”, qui nous emmène plus loin que nous-mêmes, dans un nuage de sable, nimbés de mystère, puis nous laisse au loin dans les tréfonds de l’illusion...

Le piano s’envole puis se pose, la batterie se fait douce lorsqu’il le faut, le violoncelle nous enlace délicieusement, la guitare se fait métallique, acoustique, au gré des morceaux. C’est une promenade en terre d’Audrey qui nous attend à cette écoute.

Même si l’album a été enregistré dans l’urgence du désir, Audrey a pris son temps pour nous livrer toutes ces émotions, telles qu’elle les voulait. Cent fois, cinq cent fois, elle a imaginé la sonorité parfaite pour nous parler, nous toucher au coeur. On peut aimer fébrilement mais aussi le faire avec réflexion...
Exigeante, elle l’est. Pas par caprice mais parce qu’elle porte sa musicalité depuis longtemps. Elle a eu la chance de rencontrer les musiciens qui l’ont comprise, l’ont accompagnée et le font encore au travers de nouvelles compositions. Ambitieuse dans ses choix, elle ne cédera jamais à la facilité pour la réussite, elle a trop de personnalité pour cela. Elle est comme ça, entière, généreuse et en attend autant avec une personnalité en piques et en rondeurs pleines. De quoi faire d’autres albums singuliers.

L’anglais comme langue de prédilection, dont les sonorités collent si bien à ses mélodies. Le français qui lui répond merveilleusement... Une voix qui a fait ses preuves auprès d’autres artistes avant de servir ses propres textes.
On peut la croire distante, elle se cache, se dévoile peu à peu, emmenant son public dans son monde intérieur, où elle s’offre totalement, irrémédiablement. Ne cherchez-vous pas à vous protéger lorsque vous commencez une nouvelle histoire ? Elle en fait de même mais chaque jour est un pas de plus vers vous.

Un dernier conseil : posez-vous, servez-vous un verre de bon vin rouge (la prédilection d’Audrey !) et abandonnez-vous. Vous allez entrer dans un monde feutré qui va vous prendre en plein coeur, vous remuer, pour mieux vous laisser là... alangui, apaisé, heureux.

Elle dit :
“Je ne pourrais cesser de croire,
et même aveuglée, de voir,
Aimer reste en mémoire”
Et soudain nous sommes là à nous poser la question tant redoutée : sommes-nous capable du pire, du meilleur, de l’abandon, de nous fondre en l’autre pour mieux nous révéler ? Aimer ne fait-il pas définitivement partie de notre être ?

Certainement avec cet album, certainement... Êtes-vous prêts ?